le forum

Mercredi dernier, je me rendais à ce festival qui se déroulait chez Marc Vella, le pianiste no­made, à la Touche, 16170 Genac, tout près de la paisible rivière Charente. Je passais par Caussade pour remonter à Montauban… N’importe quoi ! Je continuais par Moissac, Agen, Bordeaux, puis la 2 X 2 et quelques routes secondaires. 10 h de trajet. Ce n’était pas le bon choix.

En arrivant, la première chose que je remarquais, avec son gros œil inquiétant, c’était le pan­neau "vigilance citoyenne" à l’entrée de Bignac. Ça faisait milices des "quartiers en difficulté" ; mais le camping était sympa.

Dès l’installation de ma caravane finie, je partais à pied pour le festival qui n’était pas encore ouvert. Trois kilomètres, c’était facile. On en voyait à chaque entrée et sortie de village, de ces pan­neaux ! La région est pourtant riche de grosses fermes entourées de hauts murs, vivant de cultures céréalières et de vignes.

Je tombais sur Attila, le super masseur rencontré à Fonroque. Installé dans la maison même de Marc Vella, je n’étais pas sûr qu’il ait beaucoup de clients. Qui irait le chercher là ? En plus, à pro­ximité, il n’y avait qu’une salle de conférence et une petite salle de cinéma. L’essentiel du festival était un peu plus loin, après un croisement et en plein champ. Là, je découvrais que je devais payer par chèque ou en liquide. Bon, on verrait demain. Je n’avais pris que la carte bancaire.

Je repartais en auto stop. C’était un festivalier très particulier qui me ramenait au camping avec son J9 beige. Je le reverrai souvent avec sa petite amie asiatique, tous deux pieds nus, même dans la boue. Lui avait une canne et boitait un peu. Ils vivaient du côté de Pau. C’était à eux que je donnais ma première pub pour la monnaie libre.

Le lendemain, j’étais encore plus réticent. Outre les panneaux de vigilance citoyenne, il y avait le contrôle des sacs à l’accueil et de hautes grilles métalliques partout. Les téléphones et appa­reils photo étaient interdits et pistés. Même pas droit à mes souvenirs personnels ! Vous me con­naissez : face à l’interdit, je triche. J’ai un irrépressible besoin de liberté. Les toilettes étaient vrai­ment basiques et les pissotières pour hommes, de grosses balles de paille alignées qui puaient un peu plus chaque jour. Les tentes, les tipis, les barnums, les yourtes étaient regroupées par campe­ments : ceux d’Afrique, d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud, d’Asie, d’Océanie, d’Europe, et le Celte. Le plus vaste lieu était le forum équipé d’une grande estrade sonorisée, d’un chauffage à air pulsé et de chaises. Pas besoin d’amener un siège. Confortable et pratique. Il y avait aussi la tente des artisans et une rue de restaurants.

Je ne me sentais pas bien sur cette terre collante travaillée par de grosses machines. Je ne con­sultais même pas le programme ! En plus la disposition ne me convenait pas car l’accès au parking n’était pas sympa : il fallait chaque fois repasser par l’entrée fliquée. Et pourtant, dès 10 h, j’étais conquis par la présentation que Patrick Dacquay faisait des délégations venues du monde entier, en expliquant leurs particularités et leurs difficultés imposées par des États corrompus et agressifs.

Je m’intéressais tout de suite aux Yesidis, des animistes irakiens génocidés en 2014 par les musulmans de DAECH (financés par Lafarge) ? Cela me rappelait l’ethnocide des paysans occitans lors de la guerre de 14 – 18, de leurs instituteurs aussi pour éteindre notre langue et imposer le fran­çais. Le samedi matin, j’allais à leur conférence animée par la projection d’un film pris sur Viméo. Pathétique. La fuite des enfants en Turquie à travers les montagnes enneigées, partie de pêche pour se nourrir, la recherche d’argent par le père pour racheter ses propres enfants neveux et nièces, sen­timent d’abandon, pleurs en famille ; puis plus tard la visite de leur village bombardé, entièrement saccagé et vide. Il n’y a rien dans ces vies qui soit enviable. J’en avais six devant moi, humbles et contrits mais espérant une ressource nouvelle. Alors je leur disais ma compassion, et surtout que c’était une question d’argent, pas de religion : bien des gens s’y soumettent mais peu y croient, et encore moins les esclavagistes. Tout au long du film, il ne s’agissait que de négocier des rançons pour retrouver les siens. Les sectes ne sont que des excuses pour faire payer payer payer, avoir de l’argent pour vivre aux frais des esclaves et justifier l’achat d’armes par les États pour attaquer des peuples. Nul n’est aussi riche qu’elles.

- Mais nous, on n’a pas d’argent », me répondait une de leurs filles.

- Justement, c’est parce que vous n’en avez pas pour leur payer la sakkat (la dîme) qu’ils vous massacrent et pillent votre territoire. Ils vous ont tout pris, n’est-ce pas ?

- Oui !

- Eh bien les esclavagistes ont gagné : ils vous ont contraints à vous exiler dans des pays où le travail est obligatoire pour vivre. Les migrations forcées sont une façon de vous imposer le paiement d’impôts, charges taxes et amendes. Vous avez bien dit que deux cent mille d’entre vous sont en Allemagne, d’autres encore au Canada en Amérique ou ailleurs. Donc ils vous ont affaiblis en vous dispersant et vous ont fait passer d’un état de liberté à celui d’esclaves. Vous allez devoir travailler pour pas cher au bénéfice du capitalisme protégé, entre autres, par ceux qui vous ont ex­pulsé de chez vous. Alors voilà, je vous offre une solution pour vous aider à vivre en France : la Ğ1. C’est un dividende universel par création monétaire. Vous créez votre propre monnaie ! Je leur ten­dais aussitôt mon document habituel pour inviter aux apéros monnaie libre. J’avais droit à leur accolade et cela m’a surpris, puis encouragé à en distribuer une quarantaine lors du festival.

Le pillage des territoires des peuples premiers est d’ailleurs la norme de notre anti civilisa­tions : au Mexique, en Australie, dans la Sierra Nevada de Colombie, en Afrique (Pygmées), en Mongolie, les compagnies minières tuent les résistants qui les empêchent de dévaster leur territoire. Or leurs États ne font rien pour les aiderAu Québec, des pensionnats ont jusqu’en 1996, la mis­sion de séparer les enfants indiens de leurs parents pour les priver de leur identité. Dans les années 60, la France impose en Polynésie ses essais nucléaires grâce à des subventions, puis les supprime quand elle n’en a plus besoin, ce qui outre le saccage de leurs îles et de leurs eaux, cause à l’époque un grand désarroi.

Un travail est en cours pour faire reconnaître les peuples premiers auprès de l’Unesco et de l’ONU afin de les protéger ; mais on voit bien que ceux qui y sont déjà répertoriés sont pillés et massacrés. Du coup on se demande si l’Unesco ne sert pas à voler des informations sur les richesses de la planète, et l’ONU à se les partager entre les puissances dominantes. C’est à mon avis une perte de temps que de les informer, tant que c’est l’argent dette qui dicte les règles de l’économie.

Le matin, je participais à des séances d’échauffement originales et efficaces, le soir à des fêtes, comme la cérémonie de guérison des quatre éléments ou la fête de Beltaine. Lors de celle-ci, on célébrait la paix, l’amour, le couple, la famille, la nature. Original… On déclarait le féminin sacré. L’homme devait protéger la femme. Tout était fait pour créer des rencontres amoureuses dans la joie. L’amour de la terre mère et de ses saisons tenait également une grande place dans les rituels.

J’assistais aussi à l’atelier « laisser aller ce qu’on ne veut plus » de Sandrine Fahy. Eh, mais c’était épatant ! A la fin on sortait pour enterrer un petit caillou qui représentait ce qu’on voulait laisser partir vivre … ailleurs.

Et puis, il faut que je vous raconte : le jeudi soir j’achetais le livre : « OVNIS Crop circles & Midim » de Daniel Harran. J’en lisais 150 pages en soirée ; et comme je suis curieux, j’allais à une de ses conférences. Je complétais en lisant aussi « Le secret des étoiles sombres d’Anton Parks » puis Adam génisis qui sont encore plus déroutants. Résultat, j’élargissais en quelques jours ma compréhension de ces phénomènes, et même celle de l’histoire des hommes !

Je testais d’autres envies, assouvissais d’autres curiosités, mais j’effleurais à peine la richesse de ce festival. Ah, j’adore cette diversité ! Rien de pire que la monotonie de notre soi-disant civilisa­tion qui ne sait que saccager.

Il pleuvait souvent. On marchait dans une gadoue bien collante et au début je n’avais que mes souliers de ville, que je troquais vite contre mes bottes. Pour en savoir plus allez sur le site de ce festival :

Je ne repartais que le lundi. Cette fois, je m’en sortais avec 6 h ½ de route, en passant près d’Angoulême, puis par Limoges, Cahors, Caussade, Montricoux, L’îsle sur Tarn et Parisot. Sur la nationale, je voyais souvent le panneau « grèves, pensez covoiturage » que je trouvais arrogant. Je l’aurais bien remplacé par : « grèves, pensez à virer l’État ».

Greves covoiturage